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Fongicides : l’efficacité des triazoles est-elle menacée ?


Les triazoles constituent la base des programmes fongicides en Europe depuis trente ans. L’apparition de souches de septoriose résistantes aux matières actives possédant ce mode d’action compromet-elle à terme leur efficacité ? Plusieurs experts réunis à l’initiative de BASF répondent à cette question d’actualité.


La résistance de certains champignons pathogènes aux fongicides soulève de légitimes inquiétudes. Le phénomène est-il important ? A-t-il un impact sur le rendement et la qualité des récoltes ? Risque-t-il de priver les agriculteurs de certaines solutions fongicides ? Pour aborder ce sujet, il est important, de savoir ce qu’on entend exactement par résistance.


Souches résistantes : au départ, un phénomène de laboratoire

Pour l’instant, les chercheurs ont effectivement observé en laboratoire une moindre sensibilité de certaines souches de Zymoseptoria tritici (champignon responsable de la septoriose) aux triazoles, la famille de fongicides la plus utilisée à ce jour. Comment en est-on arrivé là ?


schéma d’apparition des phénotypes de résistance décrits par l’INRA-BIOGER chez Zymoseptoria tritici au cours du temps


Au départ, ces souches résistantes sont issues de mutations naturelles. «Comme elles sont plus adaptées, explique Anne-Sophie Walker, ingénieure de recherche à l’INRA, leur fréquence augmente peu à peu dans la population sous l’effet de la pression de sélection fongicide.»

A ce jour, l’INRA a mis en relation la présence de différentes combinaisons de mutations de la cible des triazoles (génotype) - mais aussi d’autres mécanismes telles la surexpression de la cible ou la surexpression de transporteurs membranaires - chez les populations de Zymoseptoria tritici avec différents niveaux de sensibilité aux diverses matières actives représentatives de la diversité des triazoles (phénotypes). En laboratoire, chacun de ces phénotypes s’est avéré présenter une forte variabilité de sensibilité à différents triazoles, mais aussi à un même triazole (époxiconazole, metconazole, prochloraze…). D’où la complexité du phénomène.


Tests de sensibilité à l’époxiconazole de plusieurs souches de Zymoseptoria tritici


Pas de baisse d’efficacité des triazoles aux champs


Qu’en est-il dans les champs ? Pour l’instant, nous n’avons pas observé de réelle baisse d’efficacité des solutions à base de triazoles performants, tel que l’époxiconazole. «L’absence de lien direct entre les résultats des tests effectués en laboratoire et les observations faites en plein champ rend la situation difficile à comprendre», reconnaît Arnaud Cousin, phytopathologiste chez BASF.


De nombreuses études ont été mises en place pour tenter de mieux comprendre cette situation, mais les chercheurs manquent encore de clés. «Au niveau moléculaire, on ne connaît pas toujours précisément les modes d’action de tous les fongicides», explique Alice Glättli, spécialiste en chimie structurale chez BASF.


Par ailleurs, on observe une grande variabilité des structures de populations de septoriose d’une région à l’autre, voire d’un champ à l’autre. «N’oublions pas, rappelle Arnaud Cousin, qu’un champignon est un organisme qui doit être en constante interaction avec son environnement pour survivre. En l’étudiant dans le contexte artificiel d’un laboratoire, nous ne pouvons qu’obtenir des réponses partielles aux questions pratiques que nous nous posons.»


Poursuivre la recherche sur les modes d’action


Bien que nous y travaillons durement, il est encore difficile à ce jour pour la recherche d’anticiper certaines questions. Il faut être honnête et reconnaitre que la recherche parvient davantage à expliquer des phénomènes qui ont déjà eu lieu en prenant soin de retenir chaque expérience pour ne pas reproduire des erreurs passées. Cependant, comment contenir ces phénomènes de résistance ?


La première piste à suivre est celle de la recherche sur les modes d’action des fongicides. « Elle est essentielle non seulement pour trouver de nouvelles matières actives, affirme Alice Glättli, mais aussi pour savoir comment mieux les utiliser sur le terrain. »


La recherche ne concerne pas que les triazoles. Elle s’applique aussi aux nouvelles molécules : « Nous faisons des tests sur les SDHI , explique ainsi Gerd Stammler, un des experts fongicide de BASF. Nous générons des mutations en laboratoire chez certains champignons afin de mieux comprendre les mécanismes de résistance qui pourraient être sélectionnés dans la nature. » Les molécules présentant deux modes d’action différents, aucune résistance croisée spécifique entre triazoles et SDHI ne peut être observée.


Alterner, associer, diversifier : la base des stratégies fongicides


L’autre moyen de lutter contre la résistance des microorganismes pathogènes consiste à diversifier les modes d’action et les matières actives utilisées. Claude Maumené, responsable maladies et méthodes de lutte chez Arvalis-Institut du végétal, résume ainsi cette approche : alterner, associer, diversifier. Autrement dit, alterner des matières actives ; utiliser les triazoles en mélange avec un produit partenaire ; varier les modes d’action des produits.


Les triazoles ont encore de l’avenir


Si la résistance de certains champignons pathogènes aux fongicides est un phénomène préoccupant, il reste pour l’instant tout à fait maîtrisable. Notamment par un raisonnement rigoureux de la protection fongicide des céréales et l’arrivée de nouveaux fongicides comme les SDHI. Les experts sont donc unanimes pour dire qu’on n’est pas près de se passer des triazoles.


Mode d’action des triazoles


Les triazoles sont des inhibiteurs de la biosynthèse des stérols (IDMs). Ils agissent par inhibition de la protéine 14α-déméthylase (CYP51), ce qui empêche la synthèse de l’ergostérol, un composant essentiel de la membrane des cellules des champignons, et conduit à leur dépérissement. La diminution de la sensibilité de certaines souches de Zymoseptoria tritici aux triazoles est principalement due à la présence de mutations sur cette protéine cible (CYP51).


Les enseignements de l’échec des strobilurines


La résistance des champignons responsables de la septoriose aux fongicides de la famille des strobilurines constitue un précédent riche d’enseignements pour les experts. Le phénomène est apparu au début des années 2000 et s’est propagé très rapidement à l’échelle de territoires entiers.

Désormais, la mise sur le marché d’une nouvelle famille chimique présentant un nouveau mode d’action (les SDHI, par exemple) s’accompagne de préconisations à la fois plus rigoureuses et responsables de gestion de son utilisation.

Toute molécule unisite doit ainsi :

  • voir son nombre d’applications limité par saison ;
  • être associée à un partenaire ayant démontré son activité propre contre le champignon cible ;
  • être utilisée en alternance avec des modes d’action complémentaires.


Que faut-il penser des souches multidrogue résistantes (MDR) ?


Des souches multidrogue résistantes (MDR) ont été identifiées en laboratoire chez Zymoseptoria tritici. Les mécanismes impliqués ont initialement été utilisés par les microorganismes pour se protéger des composés toxiques naturellement rencontrés dans leur environnement (mycotoxines, composés de défense des plantes, etc.).

Pour Arnaud Cousin, phytopathologiste, il n’y a pas lieu de s’inquiéter outre mesure : «D’après, notre expérience «MDR» chez d’autres champignons pathogènes, notamment Botrytis cinerea responsable de la pourriture grise chez la vigne, le très faible niveau de résistance de ces souches autorisent à penser que leur impact dans la pratique resterait limité.»


Les enseignements de l’échec des strobilurines


La résistance des champignons responsables de la septoriose aux fongicides de la famille des strobilurines constitue un précédent riche d’enseignements pour les experts. Le phénomène est apparu au début des années 2000 et s’est propagé très rapidement à l’échelle de territoires entiers.

Désormais, la mise sur le marché d’une nouvelle famille chimique présentant un nouveau mode d’action (les SDHI, par exemple) s’accompagne de préconisations à la fois plus rigoureuses et responsables de gestion de son utilisation.

Toute molécule unisite doit ainsi :

  • voir son nombre d’applications limité par saison ;
  • être associée à un partenaire ayant démontré son activité propre contre le champignon cible ;
  • être utilisée en alternance avec des modes d’action complémentaires.


Que faut-il penser des souches multidrogue résistantes (MDR) ?


Des souches multidrogue résistantes (MDR) ont été identifiées en laboratoire chez Zymoseptoria tritici. Les mécanismes impliqués ont initialement été utilisés par les microorganismes pour se protéger des composés toxiques naturellement rencontrés dans leur environnement (mycotoxines, composés de défense des plantes, etc.).

Pour Arnaud Cousin, phytopathologiste, il n’y a pas lieu de s’inquiéter outre mesure : «D’après, notre expérience «MDR» chez d’autres champignons pathogènes, notamment Botrytis cinerea responsable de la pourriture grise chez la vigne, le très faible niveau de résistance de ces souches autorisent à penser que leur impact dans la pratique resterait limité.»



Avant toute utilisation, assurez-vous que celle-ci est indispensable. Privilégiez chaque fois que possible les méthodes alternatives et les produits présentant le risque le plus faible pour la santé humaine et animale et pour l’environnement, conformément aux principes de la protection intégrée, consultez ​http://agriculture.gouv.fr/ecophyto.

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