Tribunal pour les générations futures : la France a encore besoin de ses agriculteurs !

La France a-t-elle encore besoin de ses agriculteurs ? C’est la question posée dans le cadre du Tribunal pour les générations futures qui s’est réuni, jeudi 13 décembre, à l’Isara-Lyon. Ce procès fictif était organisé par le Cercle prospective des filières agricoles et alimentaires et l’Isara-Lyon pour répondre à l’agribashing ambiant. Le jury a, sans surprise et à l’unanimité, répondu oui à la question.


Répondre de manière ludique aux campagnes de dénigrement


Comment réagir au procès récurrent intenté à l’agriculture française ? Le Cercle prospective des filières agricoles et alimentaires et l’Isara-Lyon ont trouvé une idée originale. Organiser un procès fictif permettant de répondre de manière ludique aux critiques qui pleuvent sur le monde agricole. L’événement a eu lieu dans un amphithéâtre de l’école en présence d’élèves-ingénieurs et enseignants de l’Isara, de représentants des secteurs agricole et agroalimentaire et, bien sûr, d’agriculteurs.


Cette initiative s’inscrivait dans la démarche de longue haleine engagée par le Cercle prospective pour réconcilier les Français avec leur agriculture (lire l’encadré). Le fait qu’elle se tienne dans une école d’agriculture, avec le soutien des étudiants et de leurs enseignants, montre qu’elle rejoint les acteurs de l’agriculture de demain.


Agriculture et société : trouver des chemins de réconciliation


Composé d’une quarantaine de membres représentant tous les acteurs des filières agricoles et alimentaires (agriculteurs, entreprises de l’agrochimie, coopératives et négoces agricoles, entreprises de l’agroalimentaire, grande distribution, école d’ingénieurs agro), le Cercle prospective anime depuis plus de vingt ans une réflexion de fond sur les évolutions de ces secteurs. Ses derniers travaux l’ont conduit à formuler des recommandations pour rétablir les conditions d’un débat apaisé à propos des enjeux agricoles et alimentaires.


Vous pouvez les retrouver sur le site agricultureetsociete.fr


Des élèves-ingénieurs qui inventent l’agriculture de demain


En préambule du procès, des élèves de cinquième année de l’Isara-Lyon se sont livré à un plaidoyer en faveur de l’agriculture française. Sans nier les difficultés auquel le secteur est confronté, ils ont présenté quelques pistes pleines de promesses. Comme l’agriculture urbaine, qu’ils ont illustrée à travers un rafraîchissant jeu de rôle, pointant son intérêt social et pédagogique.


Changeant d’échelle, ils ont aussi fait des propositions intéressantes pour la réforme de la PAC, suggérant par exemple de différencier les aides européennes en fonction de la taille des exploitations. Pour les plus grandes, ils préconisent ainsi un dispositif d’assurance qui lisserait les variations des cours des matières premières agricoles ; pour les plus petites, ils plaident pour des aides à l’embauche qui permettraient de soulager les agriculteurs, d’augmenter leur productivité et de créer des emplois.


L’Isara-Lyon : au cœur des questions d’agronomie, d’alimentation et d’environnement


Établissement d’enseignement supérieur sous tutelle du ministère de l’Agriculture et de l'Alimentation, l’Isara-Lyon :

  • forme des ingénieurs en agriculture, alimentation, environnement et développement rural ;
  • propose des activités de conseil, d’expertise et de formation continue au service des entreprises, des organisations professionnelles, des administrations et collectivités territoriales ;
  • développe des activités de recherche appliquée dans le domaine de l’agroécologie et des systèmes alimentaires durables.


Plus d’informations sur le site de l’Isara-Lyon


Un procureur truculent maniant l’humour noir


Comme prévu, le procès s’est ouvert à 18h30. Après la lecture de l’acte d’accusation, la présidente a appelé les témoins à la barre.

  • Olivier Duchêne, ingénieur agronome et chercheur à l’Isara-Lyon, qui s’intéresse à des variétés de céréales vivaces prometteuses ;
  • Stéphane Aurousseau, éleveur dans la Nièvre et président de l’Ifocap, institut de formation pour les acteurs du monde agricole ;
  • Alexis Roux de Bézieux, créateur des épiceries Causses et président de la Fédération nationale de l’épicerie ;
  • Sylvie Brunel, géographe, économiste et écrivain.


Répondant tour à tour aux questions goguenardes du procureur Rémi Dumery, alias l'agriculteur Dum-Dum pour les habitués des réseaux sociaux, et de l’avocate Anne-Claire Vial, présidente d’Arvalis-Institut du végétal, ils ont montré qu’il existait de nombreuses pistes pour rendre sa fierté à l’agriculture : recherche et innovation pour l’un, formation et écoute des attentes de la société pour l’autre, diversification des agricultures pour le troisième ou contribution au défi de nourrir la planète pour le dernier.


Puis vint le temps du réquisitoire. L’occasion pour le procureur Dum-Dum d’un moment de bravoure : enchaînant formules à l’emporte-pièce (« Nous avons bien réussi à nous débarrasser de notre industrie polluante : pourquoi ne pourrions pas en faire autant de l’agriculture ? »), jeux de mots hilarants (« Seralini : même c’est rats le (re)nient ! ») et anaphores grandiloquentes (« Que serait notre pays sans… les faucheurs volontaires, l’association Générations futures, le professeure Seralini, etc. »), l’archétype du « céréalier beauceron » – dans un rôle à contremploi qu’il a parfaitement endossé – a conclu sa diatribe par un retentissant : « Les agriculteurs sont coupables. Qu’on leur coupe la tête avant qu’ils se pendent ! » sous les applaudissement nourris d’une salle appréciant visiblement l’humour noir.


Et le jury sauva les agriculteurs…


Difficile ensuite, pour l’avocate Anne-Claire Vial de revenir à plus de mesure. Mais la présidente d’Arvalis-Institut du végétal, également agricultrice et présidente de l’association Sol et civilisation, sut trouver les mots pour convaincre. L’agriculture est un atout majeur de notre pays, a-t-elle rappelé dans sa plaidoirie, énumérant les domaines de la géopolitique, du commerce extérieur, de l’alimentation, de la santé, de l’environnement, de l’aménagement du territoire, de l’emploi… Autant de raisons de répondre oui à la question posée.


Les débats étant clos, le jury, tiré au sort parmi le public, se retira pour délibérer. Malgré le talent du procureur Dum-Dum, les jurés, à l’unanimité, ont suivi les arguments de la défense et estimé que la France avait encore besoin de ses agriculteurs. Ouf ! Il était temps pour la Cour et pour les participants de vider une coupe et de déguster des spécialités culinaires de la région.


Quelques citations


Les témoins


« A l’Isara, nous sommes ouverts à toutes les agricultures, nous n’avons aucun a priori : seuls les faits comptent ! »
Olivier Duchêne, ingénieur agronome et chercheur à l’Isara-Lyon.


« Certaines évolutions de la société peuvent nous contrarier, mais nous sommes capables de nous remettre en cause. Il faut juste nous laisser un peu de temps pour nous adapter. »
Stéphane Aurousseau, éleveur et président de l’Ifocap.


« Agriculture bio, raisonnée, circuits courts, produits exotiques : le consommateur est perdu. Il faut avant tout lui parler de la qualité des produits. »
Alexis Roux de Bézieux, président de la Fédération nationale de l’épicerie.


« Sans protection des cultures, la moitié des récoltes serait perdue. Nous avons oublié la peur de manquer. N’hésitez pas à le rappeler ! »
Sylvie Brunel, géographe, économiste et écrivain.


Le procureur


« Pourquoi garder cette paysannerie franchouillarde, détruisant et polluant nos écosystèmes et en produisant de l’alimentation à haut risque pour notre santé.
Des solutions existent, comme avec Agtech et l’agriculture urbaine, nous pouvons rendre rapidement nos villes autonomes en nourriture !
»
Rémi Dumery, alias Dum-Dum, céréalier et blogueur.


L’avocate


« Les agriculteurs n’ont jamais été aussi bien formés qu’aujourd’hui. Nous vous demandons de leur accorder votre confiance. »
Anne-Claire Vial, agricultrice et présidente d’Arvalis-Institut du végétal.


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