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Vendanges 2017 - bilan national : « Entre gel, sécheresse et botrytis, une année très compliquée »

2017 restera dans les mémoires comme une très mauvaise année pour la vigne, dans pratiquement tous les vignobles français. Principal responsable de ces mauvais résultats, le gel qui a sévi entre le 20 et le 28 avril. Sécheresse et températures excessives qui ont suivi, ont également perturbé le développement de la vigne. Si la pression des maladies n’a pas été très élevée cette année, le botrytis a surpris en fin de saison, notamment en Champagne et dans le Bordelais. Retour sur une année très compliquée pour les viticulteurs quel que soit le vignoble, avec David Claudel, Responsable Technique Vigne chez BASF.

Quel bilan peut-on tirer de l’année 2017 en vigne ?


La climatologie a cette année bouleversé le bon déroulement de la campagne. La saison a démarré avec des épisodes de gel encore plus forts que l’an dernier, et surtout généralisé à pratiquement tous les vignobles français, de la Champagne au Bordelais, en passant par l’Alsace, le Val de Loire, le Chablis, les Charentes … et même l’Hérault et l’Aude, habituellement épargnés. En Beaujolais et Bourgogne, les dégâts ont été plus localisés. L’année a également été marquée par des températures très élevées dans certaines régions, qui ont provoqué une pousse rapide de la vigne. L’ensemble de ces conditions climatiques a pu conduire à des désordres physiologiques comme des phénomènes de coulure, notamment sur le Grenache et le Chardonnay. On a aussi assisté sur l’ensemble du territoire à une sécheresse très marquée qui a duré jusque fin juillet, par exemple en Champagne, et a provoqué de très forts déficits hydriques.


Quelle a été l’incidence de ces accidents climatiques sur les vendanges ?


Les vendanges ont en général démarré très tôt, presque comme en 2003, avec 10 à 20 jours d’avance par rapport à l’an dernier, selon les vignobles, mais avec, dans certains secteurs comme le Beaujolais, des maturités plus lentes en fin de saison. Il a été parfois plus difficile que d’habitude, de trouver le bon équilibre entre niveau d’acidité et taux de sucre cette année. Côté rendements, on s’achemine sans surprise, vers une très petite récolte, la plus petite depuis très longtemps. Les vendanges ne sont pas terminées mais le volume à l’échelle nationale est déjà estimé à entre 37 et 38 millions hl, soit 10 millions hl de moins que l’an dernier.


Comment s’est passée l’année sur le plan des maladies ?


Le gel a provoqué des disparités dans la croissance de la vigne, avec des stades phénologiques très différents au sein d’une même parcelle. Ce qui rend la vigne plus sensible aux maladies. Cela étant dit, après une année 2016 à très forte pression mildiou, la maladie est restée assez discrète cette année. A noter la sortie de rot brun, à des stades assez tardifs - grains de pois, fermeture de la grappe -, qui n’étaient pas en adéquation avec l’intensité des symptômes de mildiou observés sur feuilles. On a surtout signalé ce phénomène en Bourgogne, mais aussi dans le Bordelais. Le black-rot qui avait fait parler de lui ces dernières années, s’est très peu exprimé en 2017, hormis dans le sud de l’Ardèche, le nord du Gard et en Savoie. L’oïdium s’est aussi manifesté dans la moitié sud de la France mais est resté très timide dans la moitié nord. Il fallait aussi se méfier cette année du botrytis surtout en Champagne et dans le Bordelais. Il est vrai que cette maladie était considérée comme moins prioritaire depuis quelques années, avec la prise en compte des mesures prophylactiques, et notamment un bon effeuillage. Mais elles n’ont pas été suffisantes cette année. On a aussi assisté en 2017, à une forte sortie de symptômes apoplectiques dus à l’esca, notamment liée à l’alternance entre temps caniculaire et pluies.


La pression tordeuse a quant-à-elle été très variable. Les températures très chaudes ont limité leur développement mais localement, on a constaté des recrudescences de populations, en particulier dans le sud-est.


Quelle était cette année, la stratégie à adopter pour assurer une bonne protection ?


Les quelques incidents qui se sont produits çà ou là montrent une fois de plus qu’une bonne protection est gage de sécurité. Pour un contrôle correct des maladies, il fallait démarrer tôt la protection afin de positionner les produits de contacts contre le mildiou en préventif. Il fallait assurer ensuite le renouvellement des anti-mildiou et anti-oïdium en respectant les cadences et en pensant à utiliser des produits qui sont aussi efficaces contre le black-rot. On pouvait adapter le choix des spécialités à la météo, en utilisant plutôt des produits comme Polyram DF ou Aviso DF contre le mildiou en début de cycle, associé par exemple à Vivando comme l’oïdium. On pouvait passer ensuite contre le mildiou, à des spécialités plus robustes comme Enervin, efficace aussi contre le black-rot ou Resplend, puis à du Grip Top ou Forum Top, en les associant à des anti-oïdiums tout en pensant bien sûr, à respecter l’alternance des substances actives. Contre le botrytis, la stratégie était vraiment d’intervenir en préventif, car c’est longtemps avant que les symptômes n’apparaissent qu’il faut réaliser les applications. Dans les secteurs à risque, la lutte va consister à intervenir au stade A de la vigne, chute des capuchons floraux, puis à nouveau au stade B, une semaine à 10 jours avant la fermeture de la grappe, pour que chaque baie soit bien protégée.


Avant toute utilisation, assurez-vous que celle-ci est indispensable. Privilégiez chaque fois que possible les méthodes alternatives et les produits présentant le risque le plus faible pour la santé humaine et animale et pour l’environnement, conformément aux principes de la protection intégrée, consultez ​http://agriculture.gouv.fr/ecophyto.

 

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