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Résidus de pesticides dans les fruits et légumes : décryptage d’une manipulation

On a beau être habitués, l’attitude négative de certains médias grand public quand il s’agit de pesticides finit par être décourageante. Dernier épisode en date : la montée en épingle d’études discutables sur une prétendue hausse des résidus de pesticides dans les fruits et légumes. Au risque de pousser les consommateurs à se détourner de ces derniers.


C’est une campagne d’influence soigneusement orchestrée et qui a parfaitement fonctionné. Tout commence le 24 mai, la veille du pont de l’Ascension, avec la publication d’un rapport de l’ONG Pesticide Action Network Europe (PAN-Europe). Selon elle, près de 30% des fruits produits en Europe sont contaminés par des pesticides dangereux, une fréquence de détection en forte hausse depuis 2011. Le même jour, le quotidien Le Monde publie deux articles. L’un relayant le rapport de PAN-Europe, l’autre une étude conduite par des chercheurs de l’université de Harvard. Celle-ci suggère que « la présence de traces de pesticides sur les fruits et légumes est susceptible d’annuler les bénéfices de leur consommation pour la santé ». Ces informations alarmistes sont aussitôt reprises, sans aucun recul, par la plupart des médias. « Hausse des résidus de pesticides : peut-on continuer à consommer des fruits et des légumes ? », s’interroge ainsi Le Parisien. De quoi faire désespérer les pouvoirs publics et les médecins qui essaient de convaincre leurs patients de manger cinq fruits et légumes par jour.


Toutefois, au milieu de cette navrante unanimité, un titre se distingue. Dans un long article, Géraldine Woessner, du Point, se demande si « la presse française devient folle » dès qu’il s’agit de pesticides. La journaliste commence par donner quelques éléments de contexte : PAN-Europe est une organisation de lobby européen qui défend le bio ; l’étude est publiée alors que les ventes de produits bio sont en forte baisse. Elle pointe ensuite la « manipulation » à laquelle s’est livrée l’ONG pour parvenir à ses conclusions. Le seuil retenu par l’ONG est celui de la limite de détection des résidus par les appareils de mesure, qui n’a rien à voir avec le seuil de toxicité et ne dit rien du risque pour la santé des consommateurs. La journaliste questionne enfin la méthodologie basée « extrêmement fragile » de l’étude de l’université de Harvard basée sur du déclaratif de consommateurs et les « interprétations très libres » que les chercheurs font de leurs résultats. La controverse enfle sur les réseaux sociaux. Tant et si bien que Le Monde se sent obligé de publier une mise au point dans laquelle il « maintient ses informations après la contestation de deux études ».


Quelles leçons tirer de cette énième campagne de désinformation à propos du risque des produits phytosanitaires ?

  • Les craintes agitées par les médias ne sont pas fondées, comme le souligne le collectif Sauvons les Fruits et Légumes de France : « Dans ce domaine, l’Europe possède l’une des législations les plus rigoureuses au monde (…). Les rapports annuels des autorités sanitaires le prouvent : les dépassements de limites maximales de résidus sont très minoritaires. Et même dans ce cas, les marges de sécurité sont tellement importantes que le risque pour le consommateur final est infinitésimal. » Le spécialiste des questions agricoles et alimentaires Bruno Parmentier ne dit pas autre chose dans la chronique qu’il a publié dans Futura sciences : « En fait, ce que l'on observe, ça n'est pas forcément davantage de pollution, ce sont essentiellement les progrès scientifiques continus des techniques de détection. » Effectivement, dans son étude annuelle, l’Efsa, l’autorité européenne de sécurité des aliments, a montré que 95% des échantillons analysés étaient conformes aux limites maximales autorisées. Il ne faut donc pas hésiter à réaffirmer, comme le fait Denis Corpet, un spécialiste des liens entre alimentation et cancer sollicité par Le Point, que « les fruits et légumes sont protecteurs, quel que soit leur statut ».
  • Les adversaires des pesticides s’intéressent-ils vraiment à la santé des Français ? On peut en douter quand on voit que pour défendre leurs thèses – hors du bio, point de salut – ils sont prêts à manipuler l’opinion publique et laisser les consommateurs se détourner des fruits et légumes.
  • Les médias doivent se ressaisir. Le panurgisme qui caractérise le traitement des sujets scientifiques touchant à l’agriculture interroge. Est-il le signe d’une certaine paresse – il est plus facile de reprendre les éléments de langage préparés par les lobbies que de se plonger dans des études scientifiques – ou d’un militantisme qui ne dit pas son nom ? Dans cette affaire, on peut légitimement se demander si certains articles ne faisaient pas partie du plan de communication de l’ONG PAN-Europe… Autre rappel déontologique : si les médias ont évidemment le droit de mettre en cause qui ils veulent s’ils estiment avoir des éléments pour le faire, ils ont aussi le devoir de donner la parole aux mis en cause dans des conditions équitables. N’est-il pas paradoxal de voir Le Monde s’accorder un droit de réponse après la parution de l’article du Point alors que la filière des fruits et légumes ou l’Efsa, premières concernées par le sujet, n'ont pas été sollicitées ?

Il y a quelques jours, des personnalités, dont Jean-Marc Jancovici, appelaient les ministres, dans une lettre ouverte, à se former à la transition écologique, « une formation exigeante, en vingt heures, en présence, sans délégation et en suivant la méthodologie des institutions compétentes ». Après cette lamentable controverse, on se surprend à vouloir faire de même en proposant une formation à la transition agroécologique et à la sécurité alimentaires à tous ceux qui parlent à tort et à travers d’agriculture. Qu’ils soient journalistes, militants écologistes, membres du gouvernement ou élus.

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