Le cri de l’agriculture au gouvernement : sortons de cette matrice réglementaire
12.12.2024
Comme tous les Français, les agriculteurs et leurs représentants syndicaux attendent de pied ferme des mesures concrètes du nouveau gouvernement pour le soutien de la Ferme France. Les défis sont considérables. L’heure n’est plus aux tergiversations pour les agriculteurs qui en ont assez d’attendre des mesures réclamées depuis un an. Pas l’ombre d’une avancée dans les cours des fermes faute de pilote dans le cockpit de l’État. Une chose est sûre : les producteurs réclament à cor et à cri que l’on lève les entraves à l’agriculture. Ils ne veulent pas de mesures qui relèvent de l’écologie politique. Ils disent niet à la décroissance d’autant plus qu’en 10 ans le volume total de la production agricole française a baissé de 8% selon les tout derniers chiffres publiés par le RICA (Réseau d’Information Comptable Agricole) ce 12 décembre. Conséquence : les filières encaissent un résultat financier en baisse en moyenne de -39% en un an. Le monde agricole veut donc pouvoir produire pour continuer de subvenir aux besoins de notre société, avec des produits français de qualité. C’est simple, clair et net. C’est une boussole que pourrait garder le nouveau ministre de l’Agriculture.
À cet égard, les anti-sèches phytos que publie BASF chaque année sont un excellent révélateur des contraintes imposées aux agriculteurs. Depuis leur création en 2010, elles visent à aider les professionnels agricoles à y voir plus clair dans le maquis réglementaire de la protection des cultures. Elles sont aussi un très bon baromètre de l’inflation normative. Concernant les évolutions récentes, on peut noter un empilement franco-français depuis 2017 très axé sur les riverains. Trois arrêtés ministériels sont consacrés à ce seul sujet depuis 2019. Mélanges, abeilles, sites Natura 2000… les sujets se diversifient également. Les agriculteurs sont enfermés dans une matrice. Les arrêtés s’enchaînent avec un résultat : les fenêtres pour protéger les champs se rétrécissent au point de devenir des lucarnes. Les arrêtés n’ont jamais aussi bien porté leur nom : la production française est stoppée… Qui n’a pas entendu parler ces derniers temps de la situation catastrophique de la filière noisette dont nous avons évoqué le sort dans une précédente tribune ? Celle-ci est devenue un symbole du harakiri agricole français en raison de l’interdiction de produits de protection. Dans le domaine des grandes cultures comme celui des fruits et légumes, pas une seule production (oui, pas une) n’est menacée d’impasse technique. Comment rester motivé lorsque le code rural est passé de 2 500 pages en 2010 à 3 600 pages en 2024 ? Une ferme n’est pas un cabinet d’avocats. Les agriculteurs sont formés pour mener leur exploitation et non pour décortiquer des textes juridiques.
Rappelons une évidence. Nos filières agricoles et industrielles sont engagées dans un élan de transformation considérable pour assurer le maintien des rendements des exploitations dans le respect de l’environnement. Il faut aussi rappeler qu’on ne passe pas d’un modèle à un autre en un claquement de doigts. Un agriculteur que nous avons interviewé récemment nous rappelle qu’il faut compter au minimum trois ans pour intégrer une nouvelle culture dans un cycle de rotation ; par exemple, l’introduction de la culture de la moutarde.
Parler de transition nécessite un pas de temps long. BASF vient d’annoncer le lancement de six biosolutions d’ici 2030. Dans un autre secteur, celui de l’énergie, c’est bien le nucléaire et les hydrocarbures qui financent en grande partie le développement des énergies renouvelables. Les décideurs politiques l’ont (enfin) compris. Il en est de même dans notre secteur agricole : pour proposer des solutions holistiques, c’est-à-dire globales, avec notamment des solutions digitales, de la robotique, des solutions de biocontrôle, il faut que celles-ci soient soutenues par le financement généré par les solutions phytopharmaceutiques. Une entreprise comme BASF investit ainsi 13 % de son chiffre d’affaires en R&D, en France, pour développer puis proposer des innovations de nouvelle génération. C’est considérable.
Le paradoxe est donc le suivant : si la transition agroécologique nécessite du temps, beaucoup de temps, les mesures pour lever les entraves des agriculteurs sont, elles, urgentes. En ce temps de Noël et des fêtes de fin d’année, je vous souhaite de vous réjouir grâce à de bons produits issus de nos terroirs et grâce au savoir-faire de nos agriculteurs et de leurs filières.