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Fongicides SDHI : sont-ils dangereux pour la santé humaine ?

Un groupe de huit chercheurs du CNRS, de l’Inserm et de l’INRA soupçonnent les fongicides SDHI d’avoir des effets néfastes sur la biodiversité et sur la santé humaine. Ces chercheurs se basent sur des effets observés in vitro sur les cellules de mammifères pouvant, selon eux, entrainer des effets potentiels chez l’Homme.

Pourquoi faut-il différencier les tests in vitro et in vivo ?

  • Les tests in vitro : ce sont des tests où les cellules sont directement exposées directement au produit testé, ce qui peut révéler une certaine toxicité intrinsèque du produit.
  • Les tests in vivo : les animaux utilisés dans le cadre des tests nécessaires à l’autorisation de mise sur le marché sont exposés à ces mêmes molécules mais mettent en place des processus de détoxification importants qui leur permettent alors de métaboliser ou d’annuler les effets inhibiteurs de la Succinate DésHydrogénase des substances SDHI.

Les fongicides SDHI présentent-ils des risques pour l'Homme ?

Les effets observés lors d’essais in vitro sont connus depuis de nombreuses années, mais leur transposition directe à l’Homme n’est pas fondée.
En effet, les produits issus de cette famille de fongicides, lorsqu’ils sont absorbés par l’organisme en cas de rares expositions, se dégradent rapidement en métabolites chez les mammifères.
C’est la raison pour laquelle, dans les études toxicologiques réalisées pour l’autorisation de mise sur le marché des fongicides SDHI, ce type d’effets n’est pas retrouvé.

  • La toxicité liée à l’inhibition de l’enzyme Succinate Déshydrogénase (SDH) observée in vitro par les chercheurs ne s’exprime pas chez les mammifères incluant l’Homme.
  • En cas d’exposition, la capacité de détoxification des mammifères permet de comprendre pourquoi un test in vitro n’est pas directement transposable et pourquoi des effets délétères sur les organismes n’ont pas été observés dans toutes les études conduites chez l’animal, qui sont à la base de l’homologation des substances actives par les autorités réglementaires au niveau international.
  • Les experts indépendants missionnés par l’ANSES confirment que dans l’immense majorité des cas, les consommateurs sont très peu exposés aux fongicides SDHI. Dans les cas où l’exposition des consommateurs aux SDHI est notée, les niveaux d’exposition observés n’ont absolument pas d’effet sur la santé humaine.
  • « Le niveau des expositions alimentaires totales rapportées aux seuils toxicologiques actuellement établis est faible et les dépassements de LMR pour ces substances actives sont exceptionnels ». De plus, « le métabolisme de ces substances est important et leur élimination est rapide » 3

Fongicides SDHI : existe-t-il un lien avec certains cancers ?

Michel Urtizberea, Toxicologue et Responsable du service Homologation BASF France division Agro, explique que dans le cadre de l’homologation des produits phytosanitaires, les firmes déposent des études qui intègrent la durée de vie entière des animaux. Sur la base de l’ensemble de ces données, l’ANSES a conclu qu’il n’y avait pas de lien entre cancers et SDHI.

Ainsi, selon l’ANSES, aucune des données actuelles ne suggère une augmentation de l'incidence de cancers associés à une carence en Succinate DésHydrogénase (SDH), ni un impact pour les organismes environnementaux :« Enfin, au regard des sources consultées, il n’a pas été identifié de données suggérant une augmentation de l’incidence des cancers spécifiques associés au déficit en SDH, chez l’Homme non porteur de mutation (chez les professionnels exposés par exemple), malgré une commercialisation parfois ancienne de ces molécules SDHI, ni de données suggérant un impact pour les organismes de l’environnement. »4

Dans leur avis complet, les chercheurs missionnés par l’ANSES précisent :« Pour les substances actives autorisées et pour lesquelles il a été rapporté des cancers lors des études animales, l’évaluation des dossiers en vue de leur homologation a considéré, soit que ces cancers ne relevaient pas d’un mécanisme transposable à l’Homme (cas de certains cancers hépatiques ou thyroïdiens), soit que ces cancers, en l’absence de génotoxicité, résultaient d’un mécanisme non génotoxique et qu’il existait, par suite, une dose en-deçà de laquelle ils ne survenaient pas. Dans ce dernier cas, des effets critiques survenant à des doses inférieures ont été retenus comme point de départ pour le calcul des valeurs toxicologiques de référence pour la toxicité chronique. »5

Par ailleurs, ces conclusions ont été réaffirmées par Roger Genet, directeur général de l’ANSES, lors de l’audition de l’OPECST du 23 janvier 20206.

Si des cancers ont été signalés dans des études réalisées sur des animaux pour des substances qui ont ensuite été autorisées, il a été constaté que ces cancers ont été causés :

  • soit par une chaîne d'événements qui n'est pas directement transposable à l'Homme,
  • soit par un mécanisme non génotoxique, ce qui signifie que les cancers n’ont pu se produire à des doses d’exposition plus faibles.

Suite à la controverse sur les SDHI, un projet de recherche dans le cadre du dispositif de phytopharmacovigilance devrait explorer les données du registre national du paragangliome héréditaire (forme de cancer) lié à une mutation sur l'un des gènes SDH, afin de préciser l'évolution de l'incidence de cette pathologie.

Fongicides SDHI : quel impact sur la santé humaine dans la durée ?

Pour mesurer l’effet d’expositions chroniques, les études de cancérogénèse sont conduites en administrant des doses toxiques tous les jours de la vie de l’animal. Si l’on devait avoir des effets cancérogènes du type de ceux qui ont été observés par ces chercheurs chez des patients déficients en Succinate DésHydrogénase, on devrait aussi les observer dans ce type d’études, ce qui n’a pas été le cas.

3 Avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail relatif à « l’évaluation du signal concernant la toxicité des fongicides inhibiteurs de la succinate deshydrogénase (SDHI) - Saisine n° 2018-SA-0113 - 15 janvier 2019

4, 5 Avis de l’Anses - Saisine n° 2018-SA-0113 - Page 42

6 http://videos.senat.fr/video.1494201_5e2788cf925bd.audition-pleniere---fongicides-sdhi

Découvrez nos infographies « SDHI et cancers : pas d’augmentation de l’incidence »

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