Pucerons vecteurs et jaunisses virales de la betterave
Comprendre les mécanismes de transmission et leurs impacts agronomiques
La jaunisse de la betterave constitue un complexe de quatre virus, responsables d’importantes pertes de rendement lorsque leur transmission intervient précocement.
Ces virus sont exclusivement transmis par des pucerons vecteurs au cours de leur alimentation sur les feuilles de betterave.
La transmission est dite non-propagative : les virus peuvent être acquis et transmis par un puceron virulifère, mais ne sont pas transmis à sa descendance. Autrement dit, chaque génération de pucerons doit acquérir le virus à nouveau pour devenir vectorielle.
Parmi ces virus, le BYV (Beet Yellow Virus – Virus de la jaunisse grave) est particulièrement préocuppant. Classé comme virus semi-persistant, il peut rester plusieurs heures à plusieurs jours dans l’insecte et être transmis avec une grande efficacité. Le BYV peut entraîner jusqu’à 50% de pertes de rendement dans les situations de forte pression ou de contamination précoce.
Evolution du risque et impact sur le rendement
Le risque lié aux pucerons débute très tôt dans le cycle de la betterave. La période à risque commence dès l’apparition des premiers individus dans les parcelles, généralement entre fin avril et début mai, et s’étend du stade 2 feuilles jusqu’à la couverture du sol, fin juin. Selon les conditions climatiques du printemps, il peut arriver que les premiers pucerons soient observés dès le stade cotylédon, augmentant ainsi le risque d’infection précoce.
Cette période précoce est particulièrement critique, car les jeunes plantes sont hautement sensibles à la transmission virale. Une contamination à ce stade peut entraîner une installation durable de la jaunisse et un impact marqué sur la croissance de la culture.
À partir du stade 12 feuilles, la betterave développe une résistance naturelle dite “résistance à maturité”. Les plantes adultes deviennent alors moins attractives et moins sensibles à la transmission des virus par les pucerons, ce qui réduit significativement le risque épidémique.
En plus du jaunissement et du ralentissement de croissance, les virus entraînent des pertes de rendement et une diminution du taux de sucre, deux paramètres essentiels à la valorisation de la culture. Plus l’infection est précoce, plus ces pertes peuvent être importantes.
Pourquoi tous les insecticides ne se valent pas contre les pucerons vecteurs ?
La protection efficace de la betterave contre les pucerons vecteurs nécessite une intervention ciblée dès les stades BBCH critiques, période où la culture exprime son potentiel de rendement. Il est essentiel de sécuriser ces premiers stades, car ce sont eux qui conditionnent la capacité de la plante à éviter les contaminations virales précoces à l’origine de pertes importantes.
La gestion des virus transmis par les pucerons ne peut être assurée qu’à l’aide de deux types d’insecticides :
- Les insecticides neurotoxiques, historiquement les plus efficaces, aujourd’hui interdits en France,
- Les insecticides anti‑alimentation, capables de stopper rapidement le comportement de prise alimentaire du puceron et donc de limiter la transmission virale.
À l’inverse, les insecticides à action lente ou reposant uniquement sur une mortalité différée ne peuvent pas atteindre cet objectif. Même s’ils contribuent au contrôle des populations, ils n’empêchent pas les pucerons de s'alimenter sur les plantes durant les premières heures et donc de transmettre les virus responsables de la jaunisse.
Bien qu’il existe de nombreuses solutions insecticides capables de réduire les populations de pucerons, toutes ne permettent pas de limiter efficacement la transmission virale. Le choix de l’insecticide doit ainsi reposer non seulement sur son efficacité sur les populations, mais aussi sur sa capacité à bloquer ou interrompre rapidement l'alimentation, critère déterminant pour protéger le potentiel de rendement de la betterave.
Lutte contre les pucerons : les conseils de bonnes pratiques
- 1. Réduire le niveau de pression des pucerons avec des mesures prophylactiques (gestion des réservoirs viraux,…)
- 2. Combiner les moyens de lutte (plantes compagnes, biocontrôles ,… )
- 3. Evaluer le risque pucerons et gérer les traitements insecticides en fonction (BSV, OAD « Alerte pucerons, observation des parcelles,…)
- 4. S’assurer des bonnes conditions d’applications (absence de vent, limitation de la dérive ,…)
Pour en savoir plus :
north_east Traitements phytosanitaires : conseils pour leur mise en oeuvre en respectant la réglementation - Recherche et expertise au service de la filière betteravière