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Nuisibilité du mildiou de la vigne

Le mildiou est une maladie redoutable de la vigne, on savait déjà qu’il pouvait provoquer de fortes chutes de rendement. Mais les attaques tardives de mildiou entraînant un faciès rot brun, modifient également à la fois l’arôme et le goût du vin. Explications avec les travaux réalisés par la chambre d’agriculture de Gironde qui a étudié depuis plusieurs années l’impact du mildiou sur la qualité des vins.

Incidence qualitative du mildiou (faciès rot brun) sur vin rouge


« Les attaques tardives de mildiou altèrent la qualité et le goût du vin »

Jean-Christophe Crachereau, responsable des expérimentations pratiques et produits œnologiques à la Chambre d’agriculture de la GirondeLa chambre d’agriculture de la Gironde étudie depuis plusieurs années l’impact du mildiou sur la qualité des vins. Pertes aromatiques, impression de dureté des tanins et de perte de gras en bouche, augmentation de l’acidité, etc. Ces travaux ont montré que la présence de rot brun à la vendange, liée aux attaques tardives de mildiou, jouait de façon très nette sur le goût des vins. Explications...


  • Quelles formes les attaques de mildiou sur vigne peuvent-elles prendre?

Le mildiou peut d’abord provoquer des symptômes sur feuilles, bien connus. Il peut aussi se manifester sur grappes. Si les attaques sont précoces, jusqu’à début nouaison, elles entraînent la formation d’un rot gris ; si elles sont plus tardives, celle d’un rot brun. Dans ce cas, les baies sont marquées par une dépréciation «faciès coup de pouce» et vont se dessécher pendant la phase de maturation.


  • Que savions-nous jusqu’à présent, de l’impact de ces différents symptômes sur les vendanges ?

On connaît depuis très longtemps, les conséquences de fortes attaques de mildiou sur feuilles, sur les conditions de maturation. On savait également que le mildiou sur grappes avait une incidence sur la quantité de vendange mais on estimait qu’il n’altérait pas la qualité.


  • Vous vous êtes intéressé à l’impact du facies rot brun sur la qualité des vins à partir de 2007. Pour quelles raisons ?

A partir de 2007, les viticulteurs ont dû faire face à de fortes pressions mildiou en fin de cycle avec la présence de rot brun dans les grappes en grande proportion. Nous nous sommes interrogés sur les conséquences de tels niveaux d’attaques sur la qualité du vin. N’ayant rien trouvé à ce sujet dans la bibliographie, en 2008, nous avons décidé de mettre en place une étude pour mesurer si la présence de rot brun pouvait avoir un impact sur le goût du vin. Avec ma collègue Ludivine Davidou, responsable expérimentation protection de la vigne à la chambre d’agriculture, nous avons incorporé 5 %, 10 % … jusqu’à 50 % en poids de rot brun dans le raisin et nous avons comparé les vins issus de ces différents mélanges, à une vendange saine. Les vins obtenus ont été analysés et dégustés à l’aveugle par une vingtaine de personnes.

  • Quels résultats avez-vous obtenus ?

Le premier effet est la baisse de rendement. Mais nous nous sommes aussi rendu compte que dès les premiers seuils d’incorporation de rot brun, l’impact sur le goût était très marqué. La présence de rot brun joue sur les caractères aromatiques du vin, en renforçant les notes végétales, de feuille de lierre froissée notamment. En bouche, ils donnent une impression de perte de fruit, de perte de gras et d’augmentation de la dureté des tanins. Les analyses montrent également une augmentation de l’acidité du vin.

  • Savez-vous à partir de quel pourcentage de rot brun dans les grappes, ces effets sur la qualité du vin sont perceptibles?

Nous avons renouvelé l’expérimentation en 2009, à la chambre d’agriculture, pour voir d’une part si ces résultats se confirmaient et d’autre part s’il était possible de déterminer un seuil de tolérance. Et à ces deux questions, la réponse est oui. Pour affiner ce seuil, nous avons réduit la proportion de rot brun dans les modalités en retenant un pourcentage d’intensité d’attaques (% en nombre de grains touchés) plutôt que de poids. L’étude montre un début d’altération du vin, dès 2 % de rot brun, mais peu perceptible par des dégustateurs isolés. A partir de 5 % d’intensité d'attaque, la qualité du vin se dégrade nettement, et amène un début de rejet chez les dégustateurs les plus sensibles. Nous recommandons donc de ne pas dépasser ce seuil. L’étude a été poursuivie en 2011, avec BASF et en 2012 avec le CIVB, l’Inra et un autre partenaire. Les résultats analytiques de cette étude réalisée par l’ISVV ont mis en évidence la présence dans le vin, de pyzazines (IBMP), gamma-nonalactone et peut être un nouveau composé encore non confirmé, qui expliquent les caractères de fruit cuit et de lierre caractéristiques du mildiou. Nous avons également remarqué qu’avec le Cabernet Sauvignon, le seuil de tolérance est un peu plus élevé qu’avec le Merlot.

  • Quelles conclusions tirez-vous de ces différentes études ?

On savait déjà que le mildiou pouvait provoquer de fortes chutes de rendement. Ces essais montrent de manière très nette, que les attaques tardives de mildiou entraînant un faciès rot brun, modifient à la fois l’arôme et le goût du vin. Le mildiou est un pathogène exogène, qui vient des Etats-Unis, c’est la raison pour laquelle ses attaques peuvent être extrêmement virulentes. Il est impossible en France de vouloir produire du vin présentant un volume de vendange et une qualité commerciale, sans assurer une protection de la vigne. On a parfois l’impression quand on lit ou qu’on écoute ce qu’il se dit aujourd’hui, que les viticulteurs utilisent des produits phytosanitaires à tort et à travers et sans que cela ne soit justifié. Il faut savoir que les viticulteurs, aujourd’hui, utilisent de manière raisonnée les produits phytosanitaires. De toute façon, le cadre réglementaire de plus en plus sévère, ne permet pas l’utilisation abusive des produits phytosanitaires. Il existe certainement encore une marge de progrès pour mieux adapter les traitements aux besoins de la culture, en utilisant des outils d’aide à la décision et en optimisant la qualité des applications, et ainsi mieux protéger les applicateurs de produits, car c’est là qu’est le vrai risque. On retrouve très rarement des résidus de produits phytosanitaires dans le vin, et lorsque c’est le cas, c’est de manière extrêmement faible et sans danger pour le consommateur.

Le mildiou de la vigne présente 2 faciès sur grappes :

  • un faciès dit « rot gris » lors d’attaques précoces sur les inflorescences se traduisant par des pertes quantitatives de vendange
  • un faciès dit « rot brun » lors d’attaques sur baies formées

Les travaux menés par la chambre d’agriculture de Gironde ont montré l’impact de ce mildiou « rot brun » sur la qualité des vins rouges issus de vendange attaquée et ce dès 5% d’intensité d’attaque. Suite à ces résultats, un partenariat a été conclu entre la chambre d’agriculture de Gironde et BASF pour mesurer l’impact sur la qualité des vins blancs ; en voici les principaux résultats obtenus sur 2 millésimes 2011 et 2012.



Les enseignements de l’expérimentation de 2011 conduite en conditions naturelles en plein champ sur cépage Sémillon en bordelais :

  • il y a 11,2% d’attaque de « rot brun » à la vendange sur la parcelle « témoin non traité », 0% sur la parcelle traitée dite « saine » ;
  • les résultats analytiques montrent au pressurage sur la vendange « attaquée », une diminution significative de l’accumulation en sucre, une augmentation de l’acidité totale et de l’acide malique par rapport à la vendange saine.

Résultats de la dégustation descriptive :

  • pas de différences de couleur
  • peu de différences aromatiques : tendance à diminution notes fermentaires, florales et minérales

Différences significatives en bouche :

La modalité « mildiou » par rapport à la modalité « sain » s’avère plus acide. Elle présente moins de sucrosité, moins de gras, elle est plus dure et amère. Au final, la modalité « sain » est significativement préférée à la modalité « mildiou ».

Les enseignements de l’expérimentation de 2012 conduite en conditions de contamination artificielle, en petites parcelles d’expérimentation, sur cépage Chardonnay en région toulousaine :

  • Présence de 4 modalités : vendange saine, 5-10-15% de vendange attaquée
  • Perte de 14% de rendement en jus pour les modalités 10 et 15% d’attaque par rapport aux modalités « saine » et 5% d’attaque.
  • Les résultats d’analyses des moûts montrent dès 5% d’attaque de mildiou une augmentation de l’acidité (surtout malique), de la turbidité et de l’azote assimilable.

Résultats de la dégustation descriptive:

  • Condition 5% Rot brun : aucun descripteur ne présente de différences significatives par rapport au témoin sain.
    • Tendances : arôme plus évolué, moins floral, moins fermentaire, plus végétal, plus minéral
    • Couleur et équilibre en bouche est égale à celle du témoin, le niveau de préférence également
  • Condition 10% Rot brun : on retrouve les tendances observées à 5% avec notes variétales légèrement plus faibles et moins d'intensité au nez. Le niveau de préférence s’éloigne du témoin.
  • Condition 15% Rot brun : différences nettes et significatives par rapport au témoin sain : moins de notes florales, aspect fruité et variétal, plus d’évolution, moins de longueur en bouche, équilibre végétal et minéral. Le vin est nettement rejeté.

Les résultats de ces 2 expérimentations semblent donc montrer une incidence qualitative du rot brun dès 10% d’attaque sur vin blanc.

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