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Agroécologie : la Convention citoyenne pour le climat s’égare

1 juil. 2020

Sans rapport ou presque avec le climat, parfois contradictoires, les recommandations de la Convention citoyenne pour le climat en matière d’agriculture traduisent une profonde méconnaissance de la réalité.


« Développer les pratiques agroécologiques. » L’intitulé du chapitre consacré à l’agriculture dans l’épais rapport contenant les propositions de la Convention citoyenne pour le climat (CCC) était pourtant de bon augure. Las ! La lecture des propositions élaborées et votées (à 98% !) par les 150 citoyens tirés au sort laisse perplexe. Mot-clé de cette section, l’agroécologie n’y est définie nulle part et se résume au fait de « revenir progressivement et localement à une agriculture saine et biologique et évidement moins d’utilisation de produits chimiques (pesticides ou engrais) ». Quelle ignorance et quelle condescendance pour les agriculteurs, qui n’ont pas attendu la Convention pour se mettre à l’agroécologie ! Pourtant, il suffisait de se rendre sur le site du ministère de l’Agriculture qui en donne une définition tout à fait satisfaisante . Le texte précise aussi que « l’agronomie est au centre des systèmes de production agroécologiques », ce qui implique « de solides connaissances dans ce domaine, tant pour les agriculteurs que pour leurs conseillers ». Ces « solides connaissances », nos concitoyens y ont-ils eu accès ? On peut en douter.


« Les émissions de gaz à effet de serre issues de l’agriculture représentent 36% des émissions nationales. Rendre l’agriculture plus durable représente donc un levier essentiel de réduction des émissions de gaz à effet de serre. » Comment parvenir à des conclusions pertinentes quand on part d’un constat de départ biaisé ? Ce chiffre effarant de 36% (supérieur à celui du secteur du transport ou de l’habitat) provient d’une étude du Réseau action climat datant de 2015 qui prend en compte toute la chaine « du champ à la fourchette » (emballage, transformation, transport, commercialisation, jusqu’au déplacement des clients jusqu’au magasin et au traitement des déchets alimentaires). La réalité est tout autre.

Selon le Service de la donnée et des études statistiques , l’agriculture contribue à hauteur de 16,4% à l’émission de gaz à effet de serre (GES) en France. En outre, dans son rapport 2019 , le Haut Conseil pour le climat fait état d’une diminution de 8% des émissions de GES du secteur agricole entre 1990 et 2018 et anticipe une poursuite de la baisse de 1,4% par an d’ici à 2025. Des résultats en phase avec les objectifs de la Stratégie nationale bas-carbone . Au final, la CCC alimente l’agribashing en stigmatisant l’agriculture actuelle, faisant étrangement l’impasse sur les solutions qu’elle apporte dès aujourd’hui dans la lutte contre le dérèglement climatique. Ainsi, elle évoque à peine le rôle essentiel qu’elle joue dans la séquestration du carbone par les sols (objectif 4 pour 1000 ) et la production d’énergies renouvelables par les agriculteurs (éthanol, méthanisation…).

Les propositions de la Convention citoyenne pour le climat :

  • 50% des terres en agroécologie d’ici à 2040 ;
  • Développement de l’agriculture biologique ;
  • Réduction des engrais azotés ;
  • Réduction des pesticides (50% d’ici à 2025) ;
  • Développement de la filière des protéagineux ;
  • Maintien des prairies permanentes ;
  • Reconversion de l’élevage.

> Le détail des propositions sur le site de la CCC.

Lorsqu’on se penche sur les recommandations de la CCC en matière agricole, on est frappé de constater que peu ont à voir avec le climat. Si on souscrit volontiers à l’objectif de convertir la moitié des terres à l’agroécologie en vingt ans, on s’étonnera d’y trouver accolé un paragraphe recommandant « d’interdire les graines génétiquement modifiées d’ici à 2025, d’autoriser et légaliser la vente de graines, dites semences anciennes ou semences paysannes ». Outre qu’elle est hors-sujet, cette recommandation va à l’encontre de l’avis du Giec, qui admet l’utilité du génie génétique dans la lutte contre les GES et même de certains écologistes allemands qui réclament une révision de la réglementation sur les OGM à la lumière des enjeux climatiques. Promouvoir l’agriculture biologique ? Très bien, mais quel rapport encore avec la préservation du climat. Quant à la réduction de l’usage des pesticides – qui se contente de reprendre les objectifs du plan Ecophyto – les rédacteurs de la CCC reconnaissent eux-mêmes qu’elle ne contribuera que modérément à l’objectif recherché : « Les pesticides ne sont directement responsables que d’une très faible partie des émissions de gaz à effet de serre, mais nous pensons qu’agir sur les pesticides répond à deux enjeux : la protection de la biodiversité et la recomplexification (sic) des rotations. » Enfin, certaines recommandations sont tout simplement contradictoires : le maintien des prairies permanentes n’est ainsi pas compatible avec l’abandon de l’élevage, seule filière à avoir établi à ce jour son référentiel « bas carbone » . Allez comprendre…


Plus largement, que penser de cette Convention citoyenne ? Si l’on se cantonne à l’agriculture, on ne peut qu’être déçu par le résultat. Sans minimiser l’engagement et l’honnêteté des participants, comment croire un instant qu’on puisse en l’espace de sept week-ends embrasser autant des sujets complexes ? On peut aussi s’interroger sur le choix des informations auxquelles ils ont eu accès et des experts qu’ils ont auditionnés . En voulant redonner de la vigueur à la démocratie, ne prend-on pas avec cet exercice le risque d’affaiblir un peu plus nos institutions démocratiques et d’alimenter le populisme, comme le pointe l’universitaire Olivier Babeau ?

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