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« 2021, la pire année que les viticulteurs aient connu »

Après un très gros épisode de gel début avril, les viticulteurs ont été confrontés à un été extrêmement pluvieux qui a provoqué des attaques de mildiou sans précédent, en tous cas, de mémoire des vignerons qui sont actuellement en fin de carrière. Sans surprise, les rendements sont en chute. La campagne 2022 risque aussi d’être impactée par une mise en réserve faible cette année. Retour sur une année très compliquée dans l’Est de la France, avec Vincent Sagette.

La météo n’a pas été très favorable à la vigne cette année. Pourriez-vous revenir sur les épisodes qui ont le plus perturbé la saison 2021 ?

Après un début de printemps relativement sec en mars et début avril, nous avons eu entre le 6 et le 12 avril, un très gros épisode de gel. La majeure partie des cultures pérennes sur l’ensemble de la région Est a été touchée. De la Bourgogne au nord de la Vallée du Rhône, où le développement végétatif était plus avancé, les dégâts ont été très importants. La Champagne et l’Alsace ont été moins touchées, avec seulement 20 % des parcelles concernées principalement sur les cépages blancs précoces comme le Chardonnay. La vigne est ensuite repartie mais de façon très hétérogène en termes de stades, ce qui a compliqué la vie des viticulteurs que ce soit niveau des travaux manuels en vert ou des interventions mécaniques.

Deuxième source de complication pour la vigne cette année, en juin et juillet, la région a reçu de très gros cumuls de précipitations avec de 100 à 150 mm les 13 et 14 juillet dans tous les secteurs. Nous avons ensuite eu une succession de pluies qui semblaient ne jamais s’arrêter. Elles ont conduit à une pression mildiou sans précédent tout en laissant peu de place aux viticulteurs pour intervenir dans les différents vignobles. En août, le temps s’est un « peu » calmé, mais toujours avec des épisodes de pluie. En septembre, des orages de grêles ont ponctuellement fait des dégâts, notamment dans les secteurs de Crozes-Hermitage et de Saint-Joseph.

Quel a été l’impact de cette année très compliquée sur les vendanges ?

Le gel a sensibilisé la vigne aux maladies et en particulier au mildiou . La pression de la maladie a été pire qu’en 1991 en Champagne, l’année de référence pour les viticulteurs encore en activité aujourd’hui. L’impact sur le rendement a été considérable. Ponctuellement, certaines parcelles ont obtenu un volume de production normal, mais d’autres n’ont pas été récoltées. En Champagne, à l’échelle des exploitations, on est dans le meilleur des cas sur une demi-vendange. En Bourgogne, les rendements vont de 5 à 10 hl/ha. Dans le Maconnais, ils ont chuté de 50 %. Dans le Beaujolais, les volumes sont très faibles en plaine, et vont de 50 à 80 % d’une vendange normale dans les côteaux. En Alsace, les résultats sont très hétérogènes, avec des extrêmes, des Gewürztraminer qui n’ont pas été pénalisés et des parcelles d’autres cépages qui n’ont pas été vendangées. Au niveau de la région Est, il faudra s’attendre à un volume et une qualité de vin largement revus à la baisse par rapport à la moyenne des cinq dernières années.

En plus du mildiou, avez-vous dû faire face à d’autres maladies ?

Indéniablement, c’est le mildiou qui a provoqué le plus de dégâts, mais l’oïdium s’est aussi un peu manifesté, notamment en Côte d’Or. Le black-rot a aussi été présent, de manière habituelle en Ardèche et en Savoie, mais il a aussi fait son grand retour dans d’autres régions, en particulier dans le Beaujolais, avec des attaques à partir du mois de juillet. Il a entraîné des dégâts jusqu’aux vendanges d’une intensité que l’on n’avait pas vu depuis quinze ans. Le botrytis s’est aussi invité en septembre dans la vigne. Les viticulteurs ont eu tendance à anticiper le démarrage des vendanges pour limiter son impact.

En bio, les répercussions sont encore pires, avec des rendements qui parfois n’excèdent pas 15 à 20 % des volumes habituels. De façon générale, le nombre de traitements a plus que doublé par rapport à une année normale, il s’échelonne entre 10 et 14 en conventionnel, et 18 à 20 en bio.

Quels devaient être les bons réflexes cette année pour se prémunir contre les maladies ?

Une fois de plus, les stratégies d’encadrement de floraison ont montré qu’elles étaient primordiales pour la réussite de la protection du vignoble. Les vignes les plus précoces ont fleuri vers le 7 – 10 juin dans la partie sud et c’est à cette époque que les gros épisodes pluvieux ont démarré. Pendant la période de pré à post-floraison, il est indispensable de protéger la vigne avec des produits très performants comme Enervin® , Futura® ou Solution Enervin Active + KHP. En raison d’une pluie intense et continue, il fallait aussi adapter les cadences, en les ramenant de 14 à 10 jours. De nombreuses situations d’échec peuvent s’expliquer par un intervalle trop long entre les traitements mais aussi par une qualité d’application des produits insuffisante. Avec le gel, certains ont aussi eu tendance à alléger la protection au début, et là encore, il ne fallait pas baisser les bras et continuer à protéger normalement la vigne.

Quelles conclusions en tirer pour l’an prochain ?

Dans un contexte de pression parasitaire extrême, avec des défoliaisons parfois très importantes au vignoble qui peuvent induire une mauvaise mise en réserve, il faudra être très vigilant à la coulure et au millerandage pour 2022.

D’autre part, il ne faut pas négliger les formes de conservation du mildiou et de l’oïdium très présentes sur feuilles et rameaux jusqu’aux vendanges cette année. La vigilance et la surveillance des maladies seront de rigueur dès le début de la saison 2022 !

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