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Des ravageurs très imprévisibles

Les attaques des vers de la grappe Eudémis et Cochylis sont souvent imprévisibles de par leur niveau de population mais aussi leur localisation. Comme toute attaque imprévisible, la vigilance s’impose. Au risque sinon d’avoir des dégâts sur le rendement, ou pire, sur la qualité de la vendange. Retour sur des expériences vécues, dans le Val de Loire et en Bourgogne.

« On sait assez mal prévoir les niveaux de populations de l’Eudémis et de la Cochylis, qui présentent des dynamiques très explosives », explique Denis Thiery, chercheur à l’Inra de Bordeaux. Ces attaques, souvent imprévisibles, ont des conséquences importantes sur la vigne si on se laisse surprendre. Même si les attaques de première génération ont la plupart du temps peu d’incidences sur les rendements, il peut arriver des surprises dans le cas de fortes populations, et parfois, là où on ne s’y attend pas. Cela a par exemple été le cas en Bourgogne, dans le secteur sud des Côtes de Beaune, à Puligny Montrachet. « Depuis l’année 2003, année de la canicule, c’était le calme plat en termes de populations de vers de la grappe, explique Pierre Petitot, conseiller viticole à la chambre d’agriculture de Côte d’Or. En 2009, nous avons eu d’énormes attaques dans le secteur sud des Côtes de Beaune, alors qu’historiquement, ce n’était pas une zone infestée. Les autres secteurs ‘historiques’ n’ont par contre pas été touchés ! Pas grand-monde ne se souciait de cette première génération, car cela faisait 5 ans que nous n’avions quasiment eu aucune attaque, et elles ont démarré dans des zones qu’on ne connaissait pas. Nous avions fait le suivi des pontes sur quelques parcelles historiques, mais pas là ! Nous avons donc ensuite intensifié le suivi des pontes, mais on était en retard ! De plus, il y a eu mixité entre Eudémis et Cochylis, avec des vols qui se sont enchaînés ».

« Des seuils qui augmentent très vite »

Les comptages de glomérules effectués par les conseillers ont donné des résultats pouvant aller jusqu’à 400 glomérules pour 100 grappes – soit une moyenne de 4 glomérules par grappe - le seuil d’intervention étant fixé dans cette région à 50 glomérules pour 100 grappes. « Sur certaines grappes, on pouvait observer jusqu’à 10 ou 11 glomérules par grappe, raconte le conseiller. La grappe était alors complètement ‘nettoyée’. Certains viticulteurs ont eu des pertes de rendement de 30% à 40% ». Sur ce point, les chercheurs s’accordent à dire qu’au-dessus de 30% d’inflorescences attaquées, on peut s’attendre à des pertes en poids conséquentes justifiant un traitement de première génération.

Autre exemple, en Appellation Vouvray, dans une zone qui a connu également une réapparition de populations de Cochylis : « Cela fait deux années de suite que je suis surprise des seuils d’infestation, qui augmentent aussi vite ! raconte Aurélie Gaignon, chargée du suivi des parcelles d’une trentaine d’adhérents de la cave coopérative de Vouvray. En première génération, un comptage fin mai des taux des premières éclosions donnait entre 2% et 8% ; une semaine après, les taux étaient montés jusqu’à 58% de grappes occupées dans les parcelles les pires ! J’ai aussi remarqué que les vols étaient plus étalés, il n’y a pas vraiment eu de vols de 1ère puis de 2ème génération ».

Ce qui également rend imprévisible ces ravageurs, c’est que leurs attaques sont également extrêmement variables d’une parcelle à l’autre, sans raison apparente : « Vous pouvez avoir 90 glomérules pour 100 grappes sur une parcelle et 400 glomérules sur la parcelle voisine », témoigne Pierre Petitot. De nombreux facteurs entrent effectivement en jeu, « ce qui rend les choses très compliquées », confirme Denis Thiery, de l’Inra : le vent - sa force, son taux d’humidité et sa température - la pluviométrie, la nature du sol – sa capacité de rétention en eau, sa température – la température pendant l’hiver et pendant les périodes de sorties, le cépage – floraison précoce ou non, morphologie de la grappe, de la baie – ou encore le rendement, sont autant de facteurs qui interviennent dans les populations et qui rendent les prévisions difficiles.

Les vols de deuxième génération peuvent provoquer beaucoup plus de dégâts mais d’ordre « qualitatif ». Les tordeuses perforent des grains en cours de maturation, au stade « fermeture de la grappe ». « Une fois qu’il y a perforation, tout le monde s’installe, après c’est la course entre les différents champignons ! », raconte Denis Thiéry. Drosophile avec développement de pourriture acide, Aspergillus et Penicilium avec production d’ochratoxine, ou encore en cas d’humidité, Botrytis cinerea avec développement de pourriture grise et de goûts moisi-terreux. En Val de Loire, ce deuxième vol « inquiète donc souvent plus les viticulteurs qui peuvent avoir des problèmes d’installation du botrytis », témoigne Aurélie Gaignon. En Indre-et-Loire, l’année 2009 a été marquée par de fortes populations de deuxième génération et de nombreuses perforations des grappes : « En 2008 et 2009, beaucoup de foyers de botrytis ont été identifiés avec de fortes populations en deuxième génération. Dans certaines zones, les vers de la grappe deviennent un vrai souci, relate Anne-Cécile Kaspryk, conseillère à la chambre d’agriculture d’Indre et Loire. L’Est du département – Vouvray - est plus atteint par Cochylis, l’ouest –Bourgueil, Saint-Nicolas - par Eudémis ». Ce point est surtout problématique pour les deux cépages les plus sensibles au botrytis : Chenin et Gamay, sur lesquels on vise le « zéro perforation ».

Le deuxième vol inquiète d’autant plus qu’il n’est pas plus prévisible que celui de première génération : « On a du mal à prévoir l’intensité des populations, d’autant plus que les piégeages effectués ne sont pas toujours en correspondance avec les pontes réelles », constate la conseillère. Dans les vignobles méditerranéens, les dégâts peuvent être provoqués par la croissance d’Aspergillus sur les grappes, « liée aux blessures profondes sur grappe faites par les chenilles des vers de la grappe. Plusieurs études lient la présence d’Eudémis à la teneur en Ota dans les baies et le vin », met en-avant Denis Thiéry.

Heureusement pour les deux appellations de Vouvray et de Puligny Montrachet, l’année 2009 s’est poursuivie avec des conditions très favorables en août et septembre – chaudes et sèches – qui ont permis de limiter les dégâts liés au développement du champignon.

Avec le temps et l’évolution du climat, on assiste à une évolution des populations de vers de grappe. Les secteurs où cochylis est le seul ravageur se raréfient et on ne les trouve quasiment plus qu’en Champagne…où il est de plus en plus souvent accompagné d’eudémis. En effet, eudémis étend son aire vers le nord et est maintenant présent dans tous les vignobles de France, et ce avec 3 ou 4 générations annuelles.

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